jeudi 18 août 2016

[Chapitre 16] Almaty, premiers pas chez les Kazakhes

Kazakhstan. Neuvième pays du monde par sa taille. Notre exploration du pays sera bien modeste. Il s'agit d'un aperçu, une incursion, poussée par la curiosité débordante de passer une nouvelle frontière.
 
Almaty. Nous pénétrons en plein contraste. Alors que sa voisine Bishkek donnait l'air d'un village paupéreux, elle est clinquante, rutilante. Cosy parfois. La plus grande ville du Kazakhstan porte l'étiquette de la réussite économique du pays. Centres commerciaux derniers cris, cafés à l'occidentale, boutiques chiques...et prix chocs! Retour à des tarifs plus proches des nôtres. C'est la douche froide par rapport au Kirghizstan voisin.
 
Nous retrouvons Léna et Niels, rencontrés à Paris par l'intermédiaire d'Hannah. Elle a grandi au Kazakhstan, lui en Suisse. Elle est statisticienne, il est ethnologue. Un cocktail culturel décapant! Découvrir la ville à leurs côtés, comprendre et échanger sur la complexité des ex-républiques soviétiques socialistes et partager un après-midi à Almaty à leurs côtés est un vrai délice.
Grâce à eux, nous rencontrons les poètes célèbres, les héros guerriers et les monuments d'État. Architectures contemporaines et soviétiques se marient, plus ou moins élégamment.
Justine est conquise par la ville, ses parcs et son atmosphère. Je suis plus mitigée bien que la cité gagne des points jours après jours.
Mention spéciale au musée national, qui retrace l'histoire paléontologique et ethnographique du pays de façon précise et bien documentée. Dommage que les explications en anglais soient trop sommaires...
 
Nous profitons d'être dans une grande ville pour retirer de l'argent. Nouvelle mission. Carte bancaire refusée, distributeurs en panne, transactions en échec. Il nous faudra près de 6 banques et autant d'explications en russe, avant de parvenir à retirer des tengués (monnaie locale) au distributeur...qui ne me demandera pas même mon code!
 
Après-midi shopping et essayage de robes moches, fous rires plus ou moins assumés. Nous finissons la soirée au cinéma, devant "L'âge de Glace"...en russe! Une petite séance de rattrapage en français pourrait s'avérer nécessaire!

[Chapitre 15] Dessine-moi un relief

Ferme les yeux.
Laisse toi porter, tu verras c'est facile. Met du relief sur mes mots, et dessinons ensemble treize heures de route à travers le sud-est du Kazakhstan. N'ai pas peur, la route est belle et les paysages variés.
 
D'abord la ville. Almaty. Il est à peine six heures, le jour est déjà levé. Les sommets enneigés sont bien dégagés, il n'y a pas encore de circulation. La ville est calme, comme toute cité qui dort encore. Le mini-van dévale la rue principale puis quitte tranquillement les faubourgs.
 
Ensuite, la steppe. L'immensité rase. Les espaces sans fin, à perte de vue. L'herbe est sèche et grillée. Nous avalons les kilomètres, longeons les contreforts d'un massif montagneux somme toute assez bas. Direction plein est. Au bout de la route, la Chine. Une nouvelle frontière à portée de main.
 
Une piste caillouteuse apparaît sur la gauche. Nous quittons le grand axe pour pénétrer dans la steppe. Des chevaux bruns et noirs, ainsi que leurs poulains, s'abreuvent autour d'une flaque. Ils ont l'air si paisible.
 
Une faille déchire la platitude. C'est le canyon creusé par la rivière Charyn dans les roches rouges. Le relief est profond, torturé, sculpté par des millénaires de pluie, de vent, de neige. Le van descend dans la gorge escarpée, s'insinue dans la veine tracée par la nature.
Lève la tête un instant, regarde ce rocher qui semble suspendu à l'éternité. Un souffle de vent suffirait-il à le faire dévaler la falaise?
Ici un ours, là un visage. La "vallée des châteaux" laisse le visiteur rêveur. On pourrait se croire dans le désert du Névada. Sauf qu'ici nous sommes presque seuls. Le canyon nous appartient, furtivement.
 
Voilà déjà l'heure de remonter la faille géologique pour s'enfoncer dans la montagne. Un lac artificiel, dont la couleur se confond successivement avec le bleu du ciel et le gris des montagnes, est entouré de crêtes sèches.
 
Une mauvaise piste serpente dans la montagne. Les roches sont nues, recouvertes peu à peu d'une couche d'herbe verte. Imagine, plus d'une heure à hoqueter sur un chemin de terre rouge bosselé et déformé par le ravinement des pluies. La température s'abaisse. Nous atteignons péniblement  le col. Il fait frais. Au loin la steppe pourrait passer pour l'océan, tant est la plate. Les premiers arbres apparaissent enfin. Il n'y a toujours pas un carré d'ombre.
 
La descente est aussi chaotique que la montée. La voiture slalome entre les aspérités de la piste. Enfin nous atteignons la rivière. Un cours d'eau vif bordé d'arbres.
 
Nous continuons à grimper, lancés sur des chemins de terre malmenés par les éléments. De l'autre côté des montagnes, Karakol (Kirghizistan). Tout proche.
 
Encore une heure de route. Nous atteignons un vaste plateau d'altitude, du nom de Aci. Regarde autour de toi, ici habitent des bergers nomades. Des yourtes émaillent le paysage. Les troupeaux paissent paisiblement. Chebaux, moutons, vaches. Une rivière et ses ramifications marbrent le paysage, tels un delta d'altitude. Des veaux nouveaux nés arborent un pelage encore frisé. De petits moutons tètent leur mère. Nous ne faisons que passer. Ils semblent immuables, dans ce paysage intemporel. Soudain un gamin d'à peine10 ans, fier sur son cheval, apparaît. Il paraît fendre l'infini des pâturages. A l'arrière-plan, des colonies de sapins longilignes s'alignent comme des cure-dents.
 
Il faut maintenant descendre du plateau, par une route qui n'en finit pas. Elle s'accroche à un torrent et le suit jusque dans la vallée. Des véhicules nous devancent, ce sont les premiers que nous croisons depuis près de 8 heures.
 
Voilà près de treize heure que nous parcourons les reliefs du sud est du Kazakhstan. Toi qui nous suit, imagine que tu as les cheveux collants de poussière, les paupières lourdes de fatigue et le dos tassé d'avoir tant été secoué.
Nous retrouvons les axes bitumés, pollués. Nous allons vers le sud, vers Almaty. Sur la gauche, les monts célestes. Encore eux. Des sommets à plus de 4000mètres. Un dernier coup d'œil.
Demain, nous nous réveillerons dans les steppes de la faim, au sud du pays.

[Chapitre 14] Au nom de l'amitié internationale

Almaty est finalement bien plus plaisante que l'image qu'elle nous avait donnée à l'arrivée. Vastes espaces verts, urbanisme ordonné, restos variés et stylés. Après avoir arpenté la ville dans tous les sens, il nous brûle d'en visiter les environs.
 
Le Kazakhstan constitue l'un des foyers d'émergence de l'Homme, et ce dès l'âge de pierre. Le site de Tamgaly, classé au Patrimoine Mondial de l'UNESCO, présente des vestiges fondamentaux de la période. Les fouilles archéologiques ont permis de mettre au jour des outils et céramiques, ainsi qu'un vaste site de pétroglyphes datant de l'âge de bronze (8000 ans avant notre ère).
Ni une ni deux, il nous faut trouver un moyen d'y aller. Nous demandons à notre Hostel si on peut trouver une excursion pour la journée. Tractations sans fin. Tarif exorbitant, négociations. Le prix est toujours trop haut, on décide de tirer un trait sur les pétroglyphes et de se débrouiller pour aller dans la montagne en bus. Puis le chauffeur rappel, le prix passe de 120$ par personne, à 70 puis à 50. Allons-y alors!
Départ à 9:00, pour une virée un peu différente de ce que nous envisageons.
Le chauffeur n'est pas spécialement loquasse, il est même carrément...bizarre. On fera avec hein!
 
La sortie d'Almaty est polluée et puante. La banlieue est émaillée de casinos clinquants perdus dans des terrains vagues. L'autoroute rutilante est en cours de construction, les véhicules se croisent d'un côté de la chaussée de façon complètement anarchique, doublent les yeux fermés guidés par les coups de klaxons de ceux qui viennent en face. A priori ça passe...
 
Tamgaly Tas. Première surprise, ce n'est pas le site UNESCO auquel nous pensions, mais un site homonyme de pétroglyphes bouddhistes du XVIII ème siècle... Ce n'est quand même pas de la même trempe. Deuxième surprise, il faut y aller le soir, lorsque la lumière rase les roches rouges. Le reste de la journée on n'y voit rien, pas de bol. Troisième surprise, le terrain est infesté de moucherons qui s'immiscent partout. Super... on va faire avec !
 
Le tour du site est assez rapide. Pour autant, il n'est pas dénué d'intérêt. On y trouve des Bouddha et des textes de mantras, signes évidents de la mobilité des hommes et des idées dans la région. Nous avançons entre les roches, à la recherche de trésors cachés des regards trop pressés. Des hommes se baignent dans la rivière en contre bas.
 
L'un d'eux vient à notre rencontre et nous explique en russe quelques infos logistiques sur le lieu, notamment qu'on a fait le tour. Plus loin il n'y a plus rien. Le bonhomme est sympa, il a le regard jovial et la bedaine rebondie dans son caleçon bleu trempé. A vue de nez, il sent un peu la vodka. Allez savoir pourquoi, il semble conquis par les yeux bleus de Justine.
 
- Davaitsé pa pmavaiem!
(Allez, on va nager?)
 
Justine :
- Niet. Ou minia nié... maillot de bain
(Oh bah non, malheureusement j'ai pas mon maillot de bain)
 
- Nié nada! ...
(Mais y'a pas besoin, tu peux y aller comme ça - sous-entendu en sous-vêtements). Et puis notre nouveau copain insiste, il aimerait bien qu'on aille patauger avec lui!
 
- Skolka tibia liet?
(Tu as quel âge?)
 
- 32!
- Ya 35 liet!
(Moi j'ai 35 ans!) - oula, il fait plus quand même... Et va qu'on se tape sur le ventre, c'est dingue tous nos points communs d'un coup!
 
- Davai, foto!
 (Allez, photos!)
 
Je prends l'appareil de Justine, afin d'immortaliser la bonne humeur de notre nouveau copain. Tactile d'ailleurs le nouveau copain. Il attrape notre Justine par la taille, je m'apprête à dégainer l'appareil photo et .... il la prend dans ses bras dans un porté...surprise! Grand moment de rires.
Et voilà qu'il veut m'en faire autant. Ah non non, pas question! J'esquive comme je peux, et je m'en sors bien.
 
- Tchai? Piat minutes!
(Vous avez bien cinq minutes pour prendre un thé?)
 
Pourquoi pas... On pensait faire une pleine journée archéologique, on a fait le tour en une demi-heure. Alors on a bien cinq minutes pour un thé!
 
Les hommes sont tous sortis de l'eau. On se retrouve à l'ombre d'une tonnelle, devant une table pleine de pique-nique.
- Ti pioch vodka?
(Je te sers un verre de vodka?)
 
C'est vraiment sympa de nous proposer de trinquer à l'amitié internationale, mais vraiment, la vodka, c'est pas possible. L'un d'entre eux apporte une bouteille de coca, neuve et fraîche. Il nous dégote deux gobelets qui semblent propres. Va pour du coca. Ça doit pouvoir renforcer l'amitié entre les peuples quand même.
 
Nouvelle séance photo, avec à peu près les appareils de tous nos nouveaux copains. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils ont le contact facile. On se serre sur le petit banc, collé serré et les mains sur la taille. Justement, là, la main qui glisse jusqu'à la hanche, ce n'est pas obligatoire hein! Et le petit bisou pour la photo, c'est pas indispensable.
 
- Tu jenat?
(Tu es mariée?)
 
Ah tiens, d'un coup, j'ai l'impression que c'est le moment d'avoir un mari aimant en France. S'en suit à peu près la discussion suivante :
 
- Mais alors si tu es mariée, pourquoi t'as pas d'enfants ?
- Chaque chose en son temps hein! On garde ça pour plus tard
- C'est prévu pour quand?
(Oh quelle est bonne cette question!)
- Quand? Pas tout de suite! D'abord un travail, une maison, une voiture et après les enfants
- Au Kazakhstan, c'est dans l'autre sens. D'abord les enfants, puis la maison et la voiture!!
 
Allez, c'est reparti pour les photos. Pas si près la main là, on se connait pas assez! Moi qui suis déjà pas la fille la plus tactile de la terre, alors là je suis aux anges. D'ailleurs, réflexion faite, j'ai l'air un brin crispée sur les photos!
 
- Astarojna, Justine muj : baltchoi
(Attention, le mari de Justine il est du genre baraqué. Si j'étais toi je ne m'y frotterais pas - petite pensée pour Yoann!)
 
- Ah bah ca veut dire que le tien il est tout maigre?
Et hop, nouvelle étreinte. Ils sont gentils mais un peu collants nos nouveaux copains.
 
Bon allez, avec tout ça, je crois que c'est l'heure de repartir hein! On a œuvré pour la fluidité des relations internationales, on aurait pu trouver chacune un mari sur place. Malheureusement pour eux, les nôtres attendent en France. Enfin, on se comprend hein!
 
Retour mouvementé avec notre chauffeur. C'est dingue comme il a du mal a faire UNE UNIQUE chose à la fois. Ce serait cool que tu te concentres sur la route, plutôt que de retirer les fils de ta casquette pour en faire du fil dentaire! Et le stylo, pour te gratouiller l'oreille, ce n'est pas obligatoire. D'ailleurs regarde la route, c'est mieux.
 
Pfiou, quelle journée...

[Chapitre 13] Miss pète-couilles, la vieille peau et les autres: chronique d'un passage frontière

Les voyages sont souvent faits de belles rencontres, et puis il y a des jours où on a l'impression de rencontrer le gratin des crétins. Portraits croisés d'une épopée sur les routes d'Asie centrale, direction le Kazakhstan.
 
Vendredi 5 août, 6:30. Nous ouvrons l'œil avant le réveil. Une longue journée nous attend entre Och, au sud du Kirghizistan, et Almaty au Kazakhstan.
Taxi jusqu'à l'aéroport d’Och, contrôle des bagages. Il est 7:30, notre avion décolle dans une heure et demi. Les familles se pressent dans la salle d'embarquement. Les jeunes parents tiennent la main de leurs enfants, de 4 ans tout au plus. Nous supposons la mise en place d'une politique nataliste par le gouvernement dans les années 2012, tant le nombre de jeunes enfants est important.
Au fond de la salle, une jeune femme dénote dans le paysage ethnique. Elle est brune mais ses profonds yeux verts attirent immanquablement le regard. Du sang afghan coule certainement dans ses veines.
 
Nous embarquons enfin, les paupières lourdes. Alors qu'à l'aller nous avions traversé le pays du nord au sud en bus, nous le survolerons dans l'autre sens. Les montagnes que nous avons gravies, les vallées que nous avons traversées près en douze heures quelques jours plus tôt seront avalées en trente-cinq minutes d'avion. Places 16A et 16B, pas de chance, nous sommes sur les ailes de l'appareil. On risque de ne pas voir grand-chose des sommets enneigés.
Au niveau de nos sièges, nous retrouvons la belle afghane et sa petite fille, confortablement installées au niveau du hublot.
Justine : "Excusez-moi, c'est ma place"
Pas un mot, à peine un regard.
 
Bon... De toute façon on est au niveau des ailes, on ne verra pas grand-chose. Et puis on ne va pas batailler pour une demi-heure de vol.
Sauf que "Miss Pète-Couilles" est non seulement pas souriante, mais elle est capricieuse et envahissante. Et puis cette manie de faire des selfies en tirant une tronche de dix pieds de long, quel intérêt?? Une vraie gamine pourrie gâtée, qui gesticule et assène Justine de coups de coude. Désolée mademoiselle, mais les beaux yeux ca ne suffit pas!
Justine est à deux doigts de lui tordre le coup. Les sommets se déroulent sous l'appareil, c'est sûrement très joli tout cela...
 
Arrivée à Bishkek, taxi jusqu'à la gare routière de l'Ouest, une espèce d'immense zone désordonnée où il nous faut trouver une marchroutka à destination d'Alma-Ata (Almaty), Kazakhstan. Après avoir tournée dans tous les sens, nous y voilà. Il reste de la place, mais pas pour les bagages. Soit, attendons la suivante. Le chauffeur est adorable, il nous suggère de nous installer et de choisir nos places. Ensuite, il faut attendre. Attendre que les 20 places soient réservées avant de démarrer. Ainsi commence le défilé du genre humain. Une petite vieille vient animer le tableau, avec son museau de fouine et ses petits yeux narquois. La vieille peau veut faire la pluie et le beau temps sur le quai de la gare et dans le bus. La voilà qui s'active à placer, à déplacer, à gouverner. Oh, mais elle est pénible celle-ci, de quoi je me mêle?!
Le bus se remplit. Une jolie petite grand-mère qui pourrait être anglaise, avec sa robe bleue à pois et son petit chapeau, le sosie centre-asiatique de DSK et un monsieur au crâne fripé, tel un sharpei!
 
Midi, on démarre enfin. Il fait un soleil de plomb et une chaleur écrasante.
A peine trois quarts d'heures plus tard, nous voilà à la frontière. On ne va pas être déçues!
 
Il y a quelque chose de fascinant dans la notion même de frontière. Cette démarcation, officielle, qui se veut hermétique, qui contraint les déplacements, exige de les déclarer. Et qui plus que jamais encourage à les contourner, à les violer. L'herbe serait-elle systématiquement plus verte ailleurs? La quête d'un avenir meilleur s'entend pour beaucoup par l'escalade de tous ces obstacles migratoires. Sans assurance de ce qu'il y a de l'autre côté du grillage, parfois (tristement) de l'autre côté du mur.
Alors nous voilà au pied d'un nouveau pays, d'un côté de la rivière Chuy. Dans quelques centaines de mètres, nous passerons en république du Kazakhstan.
 
Purs produits de l'espace Schengen, nous aurions tendance à oublier le salamalèque administratif que constitue un passage de frontière terrestre. Pourtant le rituel est toujours le même, et l'ambiance électrique ne semble guère varier d'un pays à un autre.
 
Descendre du bus et prendre ses bagages.
 
Accéder au poste frontière de sortie du Kirghizistan. Nos passeports passent de mains et en mains jusqu'à ce qu'on les quitte des yeux, le temps d'un tampon dans un bureau spécial. Le douanier nous les rapporte, regarde nos photos :
- Marina? (Il me fait signe de retirer mes lunettes) It looks an other you!
Oui... je ne ressemble pas à mon passeport, mais oui, je vous assure, c'est bien moi. Ça va, ça a l'air de le faire sourire. Ce n'est pas toujours le cas, ça m'a déjà valu quelques petites difficultés. Pas envie de s'y frotter aujourd'hui...  Tout est en ordre.
 
Traverser le no man's Land entre les deux pays. Ici il s'agit de traverser, en plein soleil, le Pont qui enjambe la rivière. D'un côté, les véhicules avancent un par un. Un type est chargé d'arroser la route en terre battue d'un liquide désinfectant. Les piétons s'amassent, que dis-je, se tassent et se bouscule, dans le corridor qui leur est destiné. Les gens semblent perdre tout civisme. Vas que tu me pousses, que tu évinces mon sac, que tu joues des épaules pour gratter dix centimètres que tu perdras dans la foulée. Les gens s'énervent, Justine s'agace. Il fait chaud et les gens sont insupportables.
- P*****! Mais ça sert à rien de pousser! On va tous la passer cette fichue frontière. Regarde, ça ne sert à rien de monter sur Justine. Distance!!
"Distance" est un mot transparent. La vieille bourrique devant comprend, et je me fais maudir alors que Justine se fait rabrouer une nouvelle fois. Il faut dire qu'elle laisse de l'espace avec les gens en face d'elle, fatale erreur...
 
Après 45minutes en plein cagnard, arrive enfin le poste frontière d'entrée au Kazakhstan. Les guichets sont complétement désordonnés, la fourmilière grouille. Les marchands transportent des paquets énormes, qui sont plus larges que les voies à emprunter. C'est la cohue. On se glisse derrière un comptoir. Le douanier à sûrement avalé de travers, il est aimable comme une porte de prison. Une photo par caméra numérique, un tampon et on file! Quelle épreuve...
 
Nous voilà en République du Kazakhstan. Nous changeons 50€ en Tenge, la monnaie locale. Le temps de retrouver tous nos compagnons de route, nous voilà réparties.
 
Treize heures se sont écoulées depuis sue nous avons quitté Och. Nous arrivons à la gare routière d'Almaty. Il est 19h mais nous ne sommes pas au bout de nos peines. Nous avons l'adresse de notre hostel, reste à trouver un taxi. Pas simple! Ici pas de taxi officiel. Comme au Turkménistan, c'est à mi-chemin entre de l'autostop et du BlablaCar. Par contre il faut savoir expliquer où allez et proposer un prix!
La fatigue aidant, la tâche est ardue. Les voitures que nous arrêtons demandent des informations complémentaires sur l'adresse, d'autres proposent un prix astronomique. On se décide à rentrer dans la gare, chercher du wifi et faire une photo de Google maps. Mais le réseau est saturé. Rien ne fonctionne comme on le souhaite. Dépitées, nous demandons à deux jeunes kazakhes de nous renseigner. Ils sont adorables, appelles l'hostel, demandent l'adresse précise et nous accompagnent jusqu'à l'avenue principale pour expliquer le chemin et négocier pour nous.
- Atkouda?
 (Vous venez d'où?)
- Francia
(De France)
- Francia?... Terrorist attak... Kazakhstan tojé...
(Vous avez eu des attentats en France. Nous aussi... c'est terrible)
Quelques jours avant notre départ, Almaty était touchée à son tour par une attaque, qui visait la police. Le gouvernement a incriminé les milices terroristes. Les critiques internationales étaient plus frileuses, ce pourrait être des soulèvements internes... Nul n'en saura plus pour le moment...
 
La ville est gigantesque, polluée et embouteillée. L'hôtel semble hors de portée. Impossible de se souvenir s'il est bien situé ou non... Le chauffeur se perd, c'est reparti pour une série de feux qui n'en finit pas de passer au rouge.
Enfin nous arrivons. Encore une longue journée à travers l'Asie Centrale.

[Chapitre 12] Immersion, quand tu nous tiens...

Après l'expérience de vie nomade, nous poussons la découverte du pays encore d'un cran. A vrai dire, on s'en serait bien passé, et je me suis longuement interrogée : je vous raconte tout ça ou pas? Et puisque tout fini bien, et qu'on en a quand même ri, alors zou, on partage!
 
Nous voilà donc à Och, dans le sud du pays. Cette ville m'intrigue depuis bien longtemps. Ancienne place forte des routes de la Soie, cité emblématique de la mosaïque culturelle qui anime la région et triste témoin des massacres ethniques des années 1990 et 2010, dont le monde entier à si peu entendu parler...
Justine se remet sur pieds, après une petite intolérance a la nourri locale. On s'organise pour aller faire deux jours de randonnée dans la vallée Alaï, cœur du Pamir kirghize. C'est un coin assez sauvage, et paraît-il magnifique.
 
Tout était pourtant bien parti, jusqu'à un horrible point de côté qui ne se décidait pas à passer.
 
"P**** ça fait méga mal ce truc" une douleur dans la poitrine qui s'étend jusqu'au bras droit, des difficultés à respirer et à faire le moindre mouvement.
Euh... je vais peut-être aller me reposer un peu là. Au bout de 4 heures, aucun changement... Ça craint non? Qu'est-ce qu'on fait là?
Je décide d'appeler Suzanne, la femme de mon parrain, qui est pédiatre. Bon, d'accord, je suis un grand bébé, mais ca devrait le faire quand même.
 
- Ah Marine?! Vous êtes rentrées? C'était bien les vacances?
- Euh... En fait on est toujours là-bas et on a un petit soucis...
 
Diagnostic par téléphone, questions réponses... Altitude? Respiration? Douleurs dans le dos?
 
- Ca pourrait être un pneumothorax...
 
Oulala ??? Comme dans Greys Anatomy???? Mais en général ça fini très mal dans les épisodes en question....
 
Et puis de questions en réponses, quelques instants de fou rire douloureux (parce que, oui, ça fait MAL!!), Ça ressemble plutôt a des douleurs intercostales. Verdict : doliprane et ibuprofène pour calmer la douleur, et pas de rando demain.
Bon, bah partons là-dessus...
 
Le soir sous la tonnelle de la guesthouse, nous faisons la connaissance de Nurgul, une dame d'une cinquantaine d'année. Elle œuvre depuis plus de vingt ans pour l'autonomisation des femmes et le renforcement de leur rôle dans la société kirghize. Elle est passionnée par sa mission, et nous parle des actions concrètes qu'elle mène à travers le monde. C'est un sacré petit bout de femme! Ancienne vice-présidente de l'Université internationale de Bishkek, elle consacre maintenant son activité à la cause du droit des femmes. Elle est très touchée que nous nous intéressions à son pays. Nous lui expliquons que les kirghizes sont agréables, mais qu'il nous est difficile de partager leur quotidiens, tant ils sont discrets. Or notre vision de la découverte d'un pays passe avant tout par le contact et l'immersion. Ni une ni deux, elle décroche son téléphone et contacte l'une des femmes de son association, qui habite dans un village à une heure au sud de Och. Elle nous arrange une visite dans le village, pour partager le quotidien de cette dame, veuve, dans un village rural. Nous arriverons le lendemain matin et passerons la nuit sur place. Nous prévoyons d'apporter de quoi préparer une ratatouille, histoire de partager un petit bout de notre culture également. C'est donc toutes excitées à cette idée que nous allons nous coucher.
 
Nuit horrible, douleurs incessantes, je peine à respirer. Je ne dors pas de la nuit, Justine non plus du même fait. Au petit matin, on se décide à faire appeler un médecin. C'est là que l'immersion commence... alors déjà décrire où on a mal dans sa langue ce n’est pas simple, alors en russe ça devient un vrai défi. Examen express, un peu succinct à notre goût... une piqure dans les fesses et roule ma poule.
- Maintenant tu dors, conclue la doctoresse.
Du coup, pas de virée dans le village pour découvrir la vie rurale. Décidément, tout tombe à l'eau à Och...
 
Le soir ça ne va pas mieux, on se décide  appeler le service d'assistance. Quitte à avoir une assurance, autant s'en servir! Justine s'occupe de tout, une vraie mère. Le monsieur de l'assistance se met en quête d'un médecin "fiable et anglophone". Alors si ça existe, c'est le Pérou! Euh... le Kirghizistan ?!
Le matin je me sens presque en forme. Ça tombe bien, on va pouvoir explorer le système médical local!
 
L'assistance nous a envoyé un chauffeur et une "assistante" somme toute sympathique mais qui ne parle pas un mot d'anglais. De toute façon, les médecins que je vais voir non plus... Justine et moi sommes assez sereines, je vais mieux et Suzanne continue à faire l'assistance "whatsapp".
 
Nous voilà dans un hôpital. A priori c'est sans rendez-vous. On a le nom du responsable du service de Traumatologie, qui me reçoit rapidement. J'entre la première, je me retourne. Il a fermé la porte, laissant Justine et l'assistante dehors.
 
Euh... je sais rien dire en russe moi, oulala, il me faut ma copine!!!
- Justiiiiiiine!!!!!
- Nié nada Justine.
( On n'a pas besoin de Justine)
- Ya nada. Padrouga gavarit pa ruski
(Ah bah si, moi j'en ai besoin, elle parle russe ma copine - parce que lui, il ne parle pas anglais. Et m****)
- Niet
(Non)
... bon bah ça c'est clair...
 
Je ne comprends rien, je fais trois pauvres phrases. Je me dépatouille  pour dire qu’aujourd’hui je vais mieux. il a l'air de comprendre. D'habitude mon vocabulaire me permet de prendre l'avion, aller au restaurant, faire mes courses... mais pas du tout d'aller chez le médecin.
Osculation expresse : je crois qu'il vérifie si je n'ai pas une côte cassée ou un truc comme ça.
- "Fsio normal"
(tout va bien)
Et il nous envoie chez un "Nergo spécialist" (neurologue?). On traverse l'hôpital. On est bien loin de nos standards européens... et je suis bien contente de ne pas y séjourner !
 
Direction la "polyklinic". Les patients sont en meilleur état qu'au service de traumato, et puis les peintures semblent moins décrépies aussi.
Encore sans rendez-vous. On entre toutes les trois dans un petit bureau longiligne, qu'on semble assaillir tant nous sommes nombreuses! Le médecin me fait faire quelques mouvements. Encore un diagnostic express! A priori j'aurais eu un chaud et froid lorsqu'on s'est baignées au lac Issy Kul l'avant-veille de la douleur. Soit. Je repars avec mon ordonnance. Il préconise des injections dans les fesses. Euh.... on part demain au Kazakhstan, c'est pas pratique ça?! Il regarde Justine et suggère qu'elle s'en charge... Comment dire? Elle est graphiste, pas infirmière. Et je ne tiens pas forcément a ce qu'elle fasse ses premières armes sur mon popotin ! Nouveau fou rire. Ah non, faut pas me faire rire, ça fait mal! Nouvelle ordonnance, avec des cachets. Effectivement, ça semble plus adapté.
 
Je reste quand même un peu sceptique sur la qualité des examens, mais bon... Suzanne veille au grain :)
 
De toute façon, j'ai beaucoup moins mal. Le moral est bon, les troupes sont fraîches!
Demain on prend l'avion et on se CASSE! Direction le Kazakhstan, pour reprendre un peu de rythme et d'aventures!!!!