vendredi 23 janvier 2015

[Chapitre 18] Fin du voyage

Toutes les bonnes choses ont une fin. Apres 25 jours de crapahutage en Amérique Latine, il est temps de regagner la froidure et la grisaille parisienne...

Un dernier saut a Bogota, le temps d'acheter une cargaison de fruits pour prolonger encore un peu l'exotisme... Puis il sera temps de rentrer au bercail.

Dans tous les bons romans, il y a une post-face avec quelques remerciements. 
La liste est longue tant ce voyage a ete rempli de belles rencontres. En tête de liste, Ana Maria, Abel et Sofia, ainsi que leurs parents avec qui j'ai partagé d'excellents moments. Ajoutons la famille avec qui j'ai découvert une part de culture. Mention speciale a Marianna et ses parents, Juan Paulo, Alejandra et Victoria qui furent mes guides dans Bogota. Il y a aussi les visages croises sur le.chemin...

Merci a Aurelie qui a réservé mes hotels alors que j'avais perdu ma carte bancaire!


Un petit mot également a mes fidèles lecteurs qui m'ont fait part de leurs retours enthousiastes sur la nature de ces récits.
Il me reste a clôturer ce carnet de voyage, même s'il y aurait encore de nombreuses anecdotes a vous compter. Je les garde pour les longues soirées d'hiver, au coin du feu...

Hasta Lueguo comme on dit par ici,

[Chapitre 17] Encore quelques anecdotes pour la route?

Toutes les anecdotes ne se prêtaient pas à un article. Cependant, avant de clôturer ce carnet de voyage, laissez-moi vous compter quelques dernières buzeries (ou Marinades)... Pour la route (et sans chronologie)!

   - Amazonie. Les repas sont pris en charge par le Lodge. Craignant un peu sur la qualité, j'ai pris soin d'acheter à l'avance un paquet d'excellent cookies, que j'ai attaqué dans l'interminable trajet en bus. Jour 2, je me leve et prise d'une petite gourmandise, je grignote un de ces délicieux biscuits. Dommage, ils sont éventés, mais restent toujours aussi bons. Je vaque à mes occupations, puis une idée me traverse l'esprit. A Singapour, j'avais appris à ne rien laisser a l'air libre, au risque que les fourmis viennent s'accaparer la nourriture des hommes. Je retourne jeter un œil à mes gâteaux, comme si j'avais besoin d'en avoir le cœur net... Effectivement, ici aussi. Elles grouillent dans le paquet et transportent de grosses miettes en file continue vers la fenêtre. Beurk... Allez, c'est des protéines! Brossage de dents immédiat. Re-beurk!

   - Bogota, matinée de découverte autonome de la ville avec Ken, le sino-américain rencontré la veille à mon hostel. C'est mon dernier jour et j'ai bien l'intention de goûter à tous les fruits que je trouve sur mon passage. Voilà un petit vendeur ambulant de fruits orange en forme de petite poire. Je le questionne  et il me propose d'y goûter. Il le coupe en deux et le couvre de miel. Soit. Je croque dans ce nouveau fruit sans imaginer quel gout il peut avoir. Arf...Beurk... Il est farineux et a comme une saveur de courge. Toutes les découvertes ne sont pas bonnes à faire!



   - Bogota, 17/01, j'ai 8 heures d'attente de l'aéroport. J'ai prévu de me lancer en quête de fruits exotiques à ramener en France. Juan Paulo, mon adorable guide de Bogota, m'a donné l'adresse d'une halle aux fruits quelque part dans la ville. J'ai pris un sac de voyage pour porter l'ensemble. Je n'avais seulement pas prévu que je tomberai sur une vendeuse bouillonnante d'énergie. Mon espagnol ne suffit pas à expliquer que je veux un échantillon de chaque, 2-3 pièces. Me voilà chargée de près de 10kg de fruits. Comment vais-je les porter? Je me pose actuellement la question...



   - Forêt Amazonienne. Nous rentrons d'une journée de découverte. La nuit commence à tomber. Je rentre dans ma chambre pour enfiler des vêtements propres. Petite inspection des murs à la lampe torche, puis du lit. Horreur. Effroi. Une énorme grenouille se prélasse sur mon pyjama, posé sur le lit. Beurk... J'appelle Fabrizio, notre guide. La petite bête n'est pas méchante. Mais comme on dit, chacun chez soi!et en l’occurrence, le pyjama c'est MON territoire!

   - Bogota, première soirée avec Juan Paulo et Alejandra. Nous prenons le taxi pour rentrer se reposer une petite heure à l'hostel. Nous hélons un taxi dans le centre-ville. La ville est assez accidentée, et se construit autour de collines. Par conséquent, certaines rues sont assez pentues. Notre taxi s'élance sur un grand axe. A mi cote, le moteur s'essouffle et le véhicule calle. Frein à main, première, moteur. Rien. Nouvelle tentative. Echec. Nous voilà donc en roue libre, en marche arrière, sur un grand axe. Pas de problème, que des solutions! Nous empruntons donc un autre itinéraire, aux pentes moins raides. Nous croisons les doigts pour que la voiture arrive à bon port. Apres quelques craintes, nous y sommes... Ouf!


[Chapitre 16] Suis-je encore une backpackeuse?

La grande famille des backpackeurs... Je l'ai rejoint en 2009, accompagnée d'Aurèlie. C'était sur les routes indiennes, nous avions 21 ans. Nous avions acheté notre sac à dos et les accessoires nécessaires à "l'adoubement" pour pénétrer la communauté des voyageurs au sac à dos. Nous répondions alors à tous les critères requis : étudiantes, sans attache, fauchées (ou presque!), a la recherche de découvertes et de vagabondages à travers le sous-continent indien.

Depuis, la donne a progressivement changée. Je retrouve au campement quelques exemplaires de cette espèce. 2 canadiens, un australien, 2 américaines et 2 allemandes. Sac à dos, tongues, le verbe haut, l'anglais parfait. Cocktail rhum coca, parties de carte jusqu'au bout de la nuit. Etudiants ou jeunes diplômés, ils visitent le monde, accumulent les tampons sur leur passeports, font des rencontres dans leurs hostels, pour une visite, une soirée, une nuit ou plus. Ils ont "fait" le Laos, le Cambodge, la Thaïlande, le Pérou et la Bolivie. Ils ont dormi dans des hotels à 10 dollars la nuit et ont traversé le pays en bus.

Je les regarde rire et parler fort. Et puis soudain je m'interroge. Suis-je encore de cette espèce?

J'ai maintenant des vacances minutées, conditionnées par ma vie professionnelle. Un pouvoir d'achat suffisant, mais je continue à fréquenter avec plaisir les hostels et a réserver des nuitées en dortoir. Pourtant je sens que quelque chose à changer. Mais quoi?
A force de réflexion, je me dis que je suis probablement devenue plus exigeante. Non pas sur le confort, je supporte encore les douches froides et trajets en bus de nuit! Mais j'ai quand même opté pour le taxi plutôt que la navette pour aller à Orly, c'est un signe!
Je suis devenue plus exigeante sur la qualité humaine et culturelle du pays, sur la nature des rencontres et ce qu'elles peuvent m'apporter. Je suis attirée par des destinations plus sauvages, plus insolites, plus rigoureuses, plus inaccessibles peut-être. 
A ce moment, mes comparses de voyage ne répondent pas à mes attentes...

Il y a pourtant Diego et Julia. Il est colombien, elle est polonaise. Ils se sont rencontres à la London School of Economics, rien que cela! Il travaille dans un camp de refugies colombiens en Equateur, elle s'envolera prochainement pour Nairobi, au Kenya où elle rejoindra une ONG. Il devrait lui emboiter le pas, ils parlent de mariage. Visiblement ils ne se sentent pas proches non plus de compagnons d'expédition. Nous parlons longuement de la Colombie, de l'Asie Centrale, des questions d'éducation, de l'attentat contre Charli Hebdo.



Aéroport de Lago Agrio. Je lis connaissance avec 4 voyageurs qui attendent eux aussi le vol pour Quito. Erik et sa femme, la trentaine tous les deux, sont canadiens et habitent à New York. Short en lin beige et chemise turquoise, cheveux bruns et teint bronzé, il est ambassadeur du Canada, à New York. Il a voyagé à travers le monde, jusqu'au Pakistan et en Corée du Nord. Le Turkménistan l'intrigue depuis toujours, il s'est promis d'y mettre les pieds un jour. Il briguerait bien un poste de diplomate à Kaboul, sa femme préfèrerait Paris. Ses récits et sa prestance sont envoutants, et puis soyons honnêtes, il est vraiment bel homme.
Mais tout ça c'était avant. Avant qu'il ne rencontre sa superficielle épouse qui ne jure que par les hôtels de luxe et les circuits organise. Je me demande bien ce qu'il peut lui trouver, elle n'est même pas jolie... Le séjour en Amazonie a été une torture. Pas d'eau chaude, électricité de 19 à 22 heures seulement. Pour le sèche-cheveux et l'IPad, c'est rigoureusement incompatible! Elle n'avait même pas été prévenue qu'il fallait une lampe torche, heureusement qu'elle avait son IPhone!


Visiblement, je reste encore une backpackeuse dans l'âme. Je suis même dans cet aéroport par accident. Si je m'étais écoutée, j'aurais sauté dans le premier bus local à destination de Quito. Ce sera pour une prochaine fois. A ce moment-là, ça manque un peu d'aventure et d'inconfort à mon goût!

Décidément, ce voyage est diffèrent de tout ce que j'ai pu vivre jusqu'à maintenant. Pour la première fois je visite des gens plus qu'un pays, je me laisse porter par le programme qu'ils m'ont concocté. Parfois je ronge mon frein pour me plier à cette organisation qui n'est pas mienne. J'ai énormément appris sur la culture et la société des deux pays que j'ai découverts durant ces 25 jours de voyage.
Il faudrait pouvoir poursuivre la découverte sur des chemins moins balisés, partir à l'assaut du pays par des biais détournés.

Je songe sérieusement à remettre les pieds en Colombie armée de mon sac à dos, mon couteau et mon drap de soie. Ce pays a d'incroyables trésors à découvrir : un trek de 5jours jusqu'à la cité perdue (cité Inca accessible après une marche de plusieurs jours), des plages paradisiaques dans l'archipel de San Andres, un désert inaccessible surplombant la mer, un site inca à San Augustin, des villes coloniales parfaitement préservées, des randonnées vers les sommets enneiges, des dauphins roses en Amazonie, et bien sûr revoir les familles rencontrées sur place.


Ami lecteur, qui a lu où parcouru ces notes de voyage, peut-être as-tu été séduit par ce pays, du moins ai-je attisé ta curiosité. Es-tu prêt à enfiler ton sac à dos pour partir 3 semaines en Colombie?
Tu sais où me trouver...



[Chapitre 15] Chamanisme

Intriguant, fascinant, déroutant, peut-être un peu effrayant. Quoi qu'il en soit, le chamanisme questionne.

Le Chamane est lié aux esprits des anciens et à ceux de la nature, il communique avec eux. Il sait reconnaitre les bons et les mauvais esprits, sait chasser le mauvais œil. Il protège son village, éloigne le malin. Il guérit les hommes par les plantes et sait utiliser les forces de la nature.

Le Chamane tire son pouvoir de breuvages hallucinogènes qui lui permettent de rentrer en contact avec les esprits.
Lecteur, tu imagines peut être que tout cela n'est que supercherie? Cela repose avant tout sur la croyance qu'on y porte. Une chose est sûre, le Chamane est avant tout un garant de la tradition. Il fait le pont entre plusieurs mondes : les ancêtres, la nature et les hommes.
Il est un homme hautement respecté. Il a longuement étudié, pendant près de 15 ans. Il a bu des potions de plus en plus fortes. Il a reçu des visions qui lui ont ouvert les portes du savoir. Il a vu des animaux qu'il a ensuite chassés. Il porte autour du cou les trophées qui lui confèrent sa puissance.

Raphael, le chamane du village, revêt une longue robe bleue indigo. Il porte des amulettes sacrées : un collier de dents de cochon sauvage, un autre avec des graines, symbole du cycle de la vie, et des dents de pumas, signe de force et de puissance Il a chassé des nuits durant, loin du village, pour poursuivre les animaux de ses visions. 

Il porte sur la tête une superbe coiffe en plumes de Toucan, ainsi que des plumes du ramage turquoise d'un oiseau rare et difficile à attraper. Sur ces joues, il trace des dessins pour renforcer son pouvoir.
Son oncle avant lui était chamane du village. Parmi ses 8 enfants, un seul suit la formation nécessaire. Mais il devra travailler dur. Même avec acharnement, rien ne dit qu'il puisse réussir. Il faudra que les ancêtres l'acceptent.




Puis Raphael nous parlent des cérémonies. Elles répondent à une préparation minutieuse du corps et de l'esprit. 

La veille, chacun jeûne et se prépare à accueillir les anciens. Le soir, ils boivent trois gorgées du breuvage hallucinatoire préparé par le chamane. Tous ensembles, ils peuvent entrer en communication avec les esprits. Ils sont emportés par la musique et les danses rituelles, jusqu'à atteindre un état de transe. Ainsi la cérémonie assure-t-elle une fonction sociale et culturelle, celle de lier ensemble des membres de la communauté et de les resserrer autour de leur culture commune, partagée avec les ancêtres.

Cependant le chamane n'est pas omnipotent. Il soigne les maladies de la nature, celles que ses remèdes sont en mesure de traiter par des potions et des incantations. Pour les maladies.d'"Occidente", telles que les cancers par exemple, il s'en remet aux mains des médecins hospitaliers. Tradition et modernité cohabitent pour en tirer le meilleur.

Pourtant ces rituels sont directement menacés par l'occidentalisation et le déracinement des populations. Les Indiens Sionas s'accrochent à leurs traditions, conscients qu'elles sont le cœur de leur identité. Espérons que leur ancrage soit suffisamment puissant.


[Chapitre 14] Tourisme communaitaire

Cuyabano, 6000km2 classés "réserve naturelle". Je suis en territoire Sionas. Ces terres sont habitées par cette communauté depuis des siècles, en harmonie avec la nature, dans le respect des ancêtres et des générations futures. Cependant, un danger de taille les menace. Ces territoires de l'Oriente sont riches en or Noir, du pétrole qui coule à flot. Pour l'extraire, il faut rogner, encore et toujours, sur les terres Siona. Il faut déboiser, polluer, installer l'homme là où toujours la nature régnait en maître.

Pour préserver un environnement d'une incroyable diversité, mais également pour assurer la survie de la culture locale face aux assauts de la mondialisation, l'Equateur s'est positionné en pionnier du tourisme communautaire.
Cuyabeno ne compte pas moins de 580 espèces d'oiseaux recensées, sans parler des araignées et autres insectes ainsi que l'abondante flore. Lorsque les multinationales et les géants du pétrole ont voulu grignoter ces terres hautement convoitées, les populations ont œuvré auprès du gouvernement pour créer un espace préservé, ouvert à un tourisme mesuré et à la main des indigènes. C'est ainsi qu'ils ouvert des lodges dans lesquels travaillent des villageois, ont été formes pour être guide et faire découvrir leur environnements a des curieux du monde entier.
Les lodges sont eco-conçues afin de préserver l'environnement (recyclage de l'eau, électricité sur des plages horaires définies, consommation de produits locaux...). 


Nous sommes bien loin du tourisme communautaire que j'avais aperçu au Vietnam par exemple. Pas de vitrine type "Walt Disney" en costume d'époque et "vrai-faux" village reconstitué. Ici nous nous rendons dans un village pour apprendre à faire du pain au Yucca. Nous sommes reçus dans la hutte traditionnelle des visiteurs par Gloria. Elle habite le village, cultive un arpent de terre. Elle vit du tourisme et fait partager son savoir et ses traditions. Elle cuisine du pain au yucca pour sa famille, une fois par mois, comme elle va nous le montrer. Cependant, dans sa cuisine, elle a le gaz et l'électricité. Le village a même internet. Les sionas, comme d'autres peuples indigènes, jonglent entre tradition et modernité. Ils sont sur une corde fragile. Les plus jeunes vont à l'école en ville, s'occidentalisent, ne rentrent pas toujours au village. Des lors, comment concilier patrimoine et monde contemporain?


Notre visite se poursuit chez le Chaman. Je craignais un peu l'attraction touristique, la démonstration d'opérette. Non. Le cadre est clair : il s'agit d'un temps d'échange et de discussion autour du chamanisme, du cursus nécessaire, de son rôle, de ses outils...

Alors bien sûr, les 10 groupes qui visitaient Cuyabeno en même temps ont eu le droit au même circuit: baignade dans la lagune, marche nocturne, fabrication du pain au yucca, rencontre avec le chaman et observation des oiseaux à l'aube... Cependant, nous avons toujours eu le sentiment d'une visite exclusive, intimiste. Le rouleau compresseur du tourisme de masse n'est pas encore arrivé jusque-là. 


Les populations Sionas, mais plus généralement les indiens d'Equateur, sont pleinement conscients que les touristes sont une manne économique qui leur permet autant de vivre correctement que de se prémunir contre les avancées sauvages des chercheurs d'or noir. C'est aussi un moyen d'affirmer leur existence au monde entier, eux qui habitent si loin de tout...

Informations pratiques : 

Samona Lodge, 
Cuyabeno Reserve
55 USD / jour (transport assuré depuis Lago Agrio) 
Séjour de 3 a 6 jours, a réserver depuis Quito